Je sais pas ce que j'ai écrit

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Je sais pas ce que j'ai écrit

Post by Mat on Sat 26 Dec - 1:43

La peur était un sentiment naturel. L’éprouver, c’était se sentir vivant en quelque sorte. Mais lorsque la peur était devenue omniprésente, alors il avait eu envie d’en finir.
Le jeune homme regardait avec tristesse la lame du couteau qu’il tenait en main. Le fracas des armes à l’extérieur se trouvait étouffé par les murs de pierre qui constituaient sa prison. L’endroit où il finirait ses jours. Fermant les yeux, il se souvint avec nostalgie de la grande rizière qui jouxtait son village natale, les longues étendues d’eau peuplées de goujons qu’il s’amusait à taquiner les jours de repos, la plaine rocheuse aux innombrables cachettes qui avait accueilli ses jeux d’enfants. Vingt ans d’une existence simple, mais qu’il chérissait comme un trésor. Jusqu’au jour où tout avait basculé.
La lourde porte de chêne s’ouvrit dans un grincement, dévoilant dans son encadrement la silhouette tant redoutée. Le jeune homme ne se retourna pas, il savait déjà ce qu’il allait découvrir : le visage éclairé d’un sourire, les yeux brillants devant son « acquisition », tout son être dégageant un profond sentiment de satisfaction, son geôlier en toute sa splendeur. Celui qui l’avait arraché aux siens et traîné dans un pays dont il ne connaissait rien. Celui qui lui rendait visite chaque soir dans sa tente pour lui murmurer ces mots si cruels à l’oreille. Celui qui aimait glisser sa main dans ses cheveux en un geste presque tendre, lui répétant sans cesse qu’il ne pouvait s’empêcher d’attendre avec impatience le jour où leurs esprits et leurs corps s’uniraient, « jusqu’à ce que la mort nous sépare ».
- Es-tu prêt, mon amour ?
Le corps du jeune homme fut parcouru d’un frisson d’angoisse au son de cette voix qui se voulait douce. Et pourtant il y percevait cette puissance mal dissimulée, cette force qui le mettrait en danger tôt ou tard et qui le blesserait jusqu’au jour où il ne pourrait plus se relever. Une main se glissa doucement sur son épaule, l’attirant contre un torse nu et glacé. D’une pression, il fut obligé de relever la tête, croisant le regard sombre de son gardien. Un regard empli de désir.
- Tu devrais te préparer. La nuit va bientôt tomber, et on ne peut faire attendre le prêtre.
Ses lèvres étaient sèches, une boule s’était formée dans sa gorge, le rendant incapable de répondre. Mais l’autre ne s’en formalisa pas, laissant un sourire étirer ses lèvres pâles.
- Bientôt… Bientôt réunis… Tu apprendras à m’aimer alors… Je t’apprendrais à m’aimer.
Le garçon eut un sursaut et réussit à se dérober alors qu’il se penchait sur lui dans l’intention de l’embrasser. Son geôlier fronça brièvement les sourcils avant de retrouver le sourire, effleurant sa joue du bout des doigts.
- Nous attendrons ce soir, après la cérémonie…Après tout, nous ne sommes pas pressés.
Sur ces paroles, il tourna les talons et sortit de la pièce, laissant aux gardiens le soin de refermer la porte.
Le jeune homme crispa doucement sa main sur son vêtement, là où il sentait son cœur tambouriner violemment dans sa poitrine. Des larmes amères vinrent couler sur ses joues, s’écrasant au sol en silence. Lentement, il saisit à nouveau le couteau qu’il avait caché sous les draps. Un coup précis et il s’écroula sans un bruit. Libre.

Il avait découvert le corps quelques heures après sa mort. Un suicide. Un sentiment de rage émanait de l’homme alors qu’il observait la scène en silence, poussant les gardiens qui se tenaient derrière lui à reculer encore de peur de subir sa colère. Comment avait-il pu oser le quitter comme ça, lui qui avait tout fait pour le garder près de lui ? Serrant les dents pour s’empêcher d’exploser, il s’agenouilla près du corps et déchira le haut du pauvre garçon. Se saisissant du couteau dont son prisonnier s’était servi pour se donner la mort, il s’entailla profondément la main, puis, d’un geste lent, alors qu’il murmurait des incantations d’une voix douce, il apposa la coupure contre le torse du mort. Une tâche brunâtre se forma sous ses doigts, et il retira sa main avec satisfaction, se penchant à l’oreille du jeune homme pour lui murmurer.
- Tu croyais pouvoir m’échapper… Mais je ne te laisserais jamais t’enfuir, tu sais. Aujourd’hui ou demain, dans cette vie ou dans une autre, j’ai tout mon temps…

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